Samstag, 10. Dezember 2022

L’amour – est-il sage ?

 

Les deux différents types de sage

En français, nous distinguons généralement entre deux sens différents : 1) sage comme un enfant, c’est à dire docile, modéré, calme et discipliné.

Et 2) sage dans le sens, juste en ce qui concerne la compréhension et le jugement des choses (lat. pop. sabius = "savant"), généralement réservé à des personnes ayant une certaine expérience de vie.

S’il y a des points en commun (modération, calme), il y a aussi des différences importantes, pourquoi il serait éventuellement convenable d’employer des mots différents pour ces deux sens, comme on le fait dans d’autres langues :

sage 2 (personne expérimentée) donnerait wise en anglais et weise en allemand, à l’origine, aussi signifiant "savant".

sage 1 (enfant) donnerait good en anglais et brav en allemand.

Ce dernier, brav peut nous paraître presque paradoxal car, en effet, son origine étymologique est du latin vulgaire brabus (possiblement barbarus du latin classique) et signifie "sauvage, non cultivé", mais donc aussi "naturel, courageux". Peut-être que le personnage de William Wallace dans le film Braveheart de Mel Gibson serait une bonne illustration, comment ces deux qualités apparemment opposées peuvent être conciliées, entre autre dans le domaine de l’amour.

Si pour sage 1, ce comportement « raisonné /modéré /brave » était dû à une certaine ignorance/ naïveté /innocence, ce serait le contraire pour sage 2 : Le Trésor de la Langue Française (TLF) cite p.ex. Montaigne, qui décrit une personne sage comme « celui qui, par un art de vivre, se met à l'abri de ce qui tourmente les autres hommes » (1580). A un autre endroit le TLF propose la définition de sage « Dont la conduite ou le comportement est plein de modération; qui est éloigné de tout excès, exempt de passion »

Or, si une personne sage « se met à l’abri de ce qui tourmente les autres hommes » en adoptant un comportement « éloigné de tout excès, exempt de passion », on peut donc conclure que ce sont les excès et la passion qui tourment les hommes.

A l’inverse d’un enfant sage (ignorant et inconscient), qui se comporte bien car il n’a pas (encore) conscientisé tous ses désirs, ses passions (et les possibilités de les assouvir !), un sage expérimenté (savant) aurait donc pleinement conscience non seulement de ses désirs mais aussi des écarts et excès possibles /nécessaires pour arriver à leurs assouvissement. Il s’en abstiendrait par un choix résolu car il aurait a aussi pleinement conscience des conséquences, c’est à dire le tourment /la souffrance.



Amour ou passion



Les définitions pour amour sont encore bien plus nombreuses que pour sage (sans compter celles pour love, Liebe, amor, любовь etc.).

Très souvent, on peut y trouver une référence à la passion :

1) « L'amour considéré comme lien passionnel entre deux personnes. » (environ la 14e proposition dans le TLF)

2) « Inclination envers une personne, le plus souvent à caractère passionnel, fondée sur l'instinct sexuel, mais entraînant des comportements variés. » (2e proposition dans Le Robert)

3) « Inclination d'une personne pour une autre, de caractère passionnel et/ou sexuel. » (4e proposition dans Le Larousse)

Prenant en compte les réflexions de la première partie, concernant le concept du mot sage, nous pourrions conclure qu’un amour passionnel n’est peut être aperçu comme sage, surtout si nous regardons de plus près les définitions de passion :

La passion est définie comme « irraisonnée », « subie » et « douloureuse ».

« Chez Aristote, celle des dix catégories (gr. pathos) qui désigne l'accident consistant à subir une action. » (TLF)

« Affectivité violente, qui nuit au jugement. » (Robert)

« État affectif et intellectuel assez puissant pour dominer la vie mentale. » (Robert)

« État affectif intense et irraisonné qui domine quelqu'un » (Larousse)

« Mouvement affectif très vif qui s'empare de quelqu'un en lui faisant prendre parti violemment pour ou contre quelque chose, quelqu'un » (Larousse)

« Tendance d'origine affective caractérisée par son intensité et par l'intérêt exclusif et impérieux porté à un seul objet entraînant la diminution ou la perte du sens moral, de l'esprit critique et pouvant provoquer une rupture de l'équilibre psychique. » (TLF)

« Ce qui est subi, supporté de très pénible; grande souffrance [...], tourment. » (TLF)

Pourrait-on avancer qu’il y ait un risque que la passion, dans sa forme aiguë, emmène à la luxure (dans le sens large du terme) ?

En tout cas, pouvons-nous constater la passion n’est pas sage ?



La passion exprime un besoin d’amour



Or, la passion a sa raison d’être. En tout cas, on peut éventuellement en identifier une cause : Quand Flaubert fait cogiter le personnage Rodolphe au sujet d’Emma Bovary

Pauvre petite femme ! Ça bâille après l’amour, comme une carpe après l’eau sur une table de cuisine. Avec trois mots de galanterie, cela vous adorerait ; j’en suis sûr ! ce serait tendre ! charmant !… Oui, mais comment s’en débarrasser ensuite ?,

nous nous voyons confronter au concept de l’amour passionnel. Également, nous rencontrons le verbe adorer, lui aussi, souvent utilisés en relation avec amour /aimer. A côté de

A.−[...]. Rendre un culte à Dieu, à une divinité, à un symbole divin,

nous trouvons

C.− Aimer d'une affection ou d'un amour passionnés

dans le TLF.

Gerald Hüther, un chercheur allemand dans le domaine des neurosciences, témoigne d’une observation qui peut nous donner une idée de l’état d’Emma Bovary et comment distinguer "aimer" simplement et, "aimer passionnellement" ou encore "adorer". Il constate qu’il y deux catégories de personnes :

1) celles qui sont en capacité de donner de l’amour

2) celles qui ont besoin d’amour

En réalité, nous pouvons probablement nous mettre d’accord que toute personne se caractérise un peu par les deux. Néanmoins, nous pouvons aussi supposer la qualité 1) vaut plus pour certains et la qualité 2) plus pour d’autres. Selon les résultats de la recherche psychologique, ceux qui ont reçu relativement beaucoup d’amour /d’affection /de reconnaissance (dans leur enfance !?), seraient plus en capacité de s’aimer soi-mêmes et par conséquent aussi les autres.

D’une façon perspicace, Rodolphe a identifié Emma Bovary comme une personne en manque d’amour /manque de reconnaissance. L’emploi du verbe "adorer" est bien plus juste que celui d’ "aimer" le serait. Selon la thèse d’Hüther, Emma a visiblement plus besoin de recevoir de l’amour qu’elle peut en donner. Elle adore Rodolphe, de qui elle espère être aimée, reconnue, soutenue, encouragée etc. Cependant, Rodolphe, relativement lucide /savant mais pas sage pour autant, lui non plus, n’est pas en capacité de donner /partager de l’amour. Apparemment, il n’en a pas (assez) pour lui-même.



(Ne vois-tu pas que) Je t’aime. (Donc, aime moi en retour !)



Si nous nous voulions définir "aimer quelqu’un" comme "donner de l’amour à quelqu’un" c’est à dire, "prendre soin de, veiller sur ou encore soutenir quelqu’un à s’épanouir", nous devrions reconnaître que, bien souvent, nous employons ce mot dans le sens inverse : "vouloir être aimé par ce quelqu’un".

Ainsi, l’affirmation « Je t’aime. », qui signifierait, « Je prends soin de toi, je te soutiens, je veille sur toi, je t’aide à t’épanouir » (et qui, si on faisait tout cela, n’aurait pas besoin d’être verbalisé), exprime en réalité le désir « Je te veux. » et donc l’appel (implicite) « Aime moi (en retour) ! » (« Prends soin de moi. » etc.).1

Dans son poème « Elle était folle », par exemple, Charles Bukowski décrit une femme adorable /vénérable.

Tu l'aimais, n'est-ce pas ?"
Il soupira :
"Comment puis-je vous répondre ? Elle était folle."

Il passa la main dans ses cheveux.

"Mon Dieu, elle était folle. Chaque jour, elle était une femme différente
Tantôt entreprenante, tantôt maladroite.
Tantôt exubérante, tantôt timide. Pas sûre d'elle-même et déterminée.
Douce et arrogante.
Elle était un millier de femmes, mais son parfum était toujours le même.
Indubitablement.
C'était ma seule certitude.
Elle me souriait, elle savait qu'elle pouvait me tromper avec ce sourire.
Quand elle souriait, je ne comprenais plus rien,
Je ne pouvais plus parler ni penser.
Rien, rien du tout.
Il n'y avait plus qu'elle tout d'un coup.
Elle était folle, vraiment folle.
Parfois, elle pleurait.
On dit que dans ces cas-là, les femmes veulent juste une étreinte,
Elle, non.
Elle devenait nerveuse.
Je ne sais pas où elle est en ce moment, mais je parie qu'elle est encore à la recherche de rêves
Elle était folle, vraiment folle.
Mais je l'ai tellement aimée.

Ayant conclu avec cette dernière affirmation, il n’a pourtant aucunement mentionné, dans quel sens, il l’a soutenue, il a pris soin d’elle, il lui a donné de l’amour. Si, pour le moins, cet hommage révélateur est en lui-même un signe important de reconnaissance, d’affection et donc d’amour, la femme jadis vénérée ne plus présente pour le recevoir.

Donner de l’amour, sans attente de retour, donc un amour désintéressé pourrait avoir comme but l’épanouissement de l’autre, l’autonomie de l’autre, son indépendance affective par un développement d’amour propre et donc, éventuellement son départ. Si nous sommes nous-mêmes passionnément dépendant de l’autre pour comblé nos besoins, nous ne pouvons pas vouloir son autonomie, nous serions plutôt tentés d’entretenir cette dépendance affective réciproque.



L’amour comme activité



Il existe un passage sur l’amour dans Les Histoires de M. Keuner de Bertolt Brecht qui paraît paradoxal au premier vu mais qui se révèle sensé en regardant de plus près :

« Que faites-vous », demanda-t-on à Monsieur K., « que faites-vous quand vous aimez quelqu’un ? » « J’ébauche un portrait de lui », répondit Monsieur K., « et je prends soin qu’il lui ressemble. » « Qui ? Le portrait ? », demanda son interlocuteur. « Non ! », dit Monsieur K., « ce quelqu’un. »

Il voudrait alors que la personne ressemble à l’image qu’il se fait d’elle ? Il n’aimerait donc pas la personne elle-même mais seulement cette image, très probablement idéalisée ?

Si nous pouvons effectivement dire qu’ "adorer ou vénérer la personne", non, cela il ne le fait pas (parce que visiblement, il trouve des choses à développer), nous pouvons supposer qu’aimer, au moins chez Brecht, est autre chose : Premièrement, nous comprenons que le fait d’aimer exige de l’action : « Que faites-vous […] ? ». Contrairement à la passion /l’amour passionnel, il s’agit alors d’une activité et non pas d’une émotion (subie).

Ensuite, nous comprenons que M. Keuner aspire pour l’autre qu’il se rapproche d’un portrait (idéalisé). Nous pouvons cerner cette ambition comme celle d’un maître vis à vis de son disciple (ou encore celle d’un père /parent vis à vis de son enfant.2) : Le maître voit dans le disciple le potentiel à développer. Il est aussi exigeant avec celui-ci qu’il l’est avec lui-même. Il voudrait qu’il évolue, qu’il se déploie, qu’il s’accomplisse jusqu’à l’épanouissement.

Donc, au lieu d’aspirer seulement à devenir la meilleure version de soi-même, M. Keuner, en ayant la même ambition pour l’autre, réalise à sa façon, le concept de l’amour du prochain, tel que proclamé par Jesus : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »



L’amour désintéressé



Voulant vivre ce précepte, il faut pourtant s’avouer qu’il ne fasse sens que si nous sommes véritablement en capacité de nous aimer nous-mêmes. Un proverbe Massaï explicite cela avec une franchise qui pourrait presque paraître choquante voire immorale dans notre société : « Je t’aime, mais pas plus que moi-même. »

Il y a un risque de trop prôner l’idéal de l’altruisme, c’est à dire, l’amour (désintéressé) du prochain comme sage et d’établir ainsi une valeur morale culpabilisant. Très souvent, nous sommes alors tentés d’exiger très tôt de nos enfants de faire attention aux autres, alors que leurs propres besoins et leurs capacités psychologiques, relèvent encore d’un égoïsme naturel et sain à ce stade de leur développement. Pou néanmoins arriver à nos fins de créer un enfant sage, nous avons tendance à nous servir d’une éducation de dressage, comme le décrit pertinemment Rousseau dans Émile :

La nature veut que les enfants soient enfants avant que d'être hommes. Si nous voulons pervertir cet ordre, nous produirons des fruits précoces, qui n'auront ni maturité ni saveur, et ne tarderont pas à se corrompre ; nous aurons de jeunes docteurs et de vieux enfants. L'enfance a des manières de voir, de penser, de sentir, qui lui sont propres ; rien n'est moins sensé que d'y vouloir substituer les nôtres ; et j'aimerais autant exiger qu'un enfant eût cinq pieds de haut, que du jugement à dix ans.[…]

En essayant de persuader à vos élèves le devoir de l'obéissance, vous joignez à cette prétendue persuasion la force et les menaces, ou, qui pis est, la flatterie et les promesses. Ainsi donc, amorcés par l'intérêt ou contraints par la force, ils font semblant d'être convaincus par la raison.

Ainsi, dans un temps ou l’affirmation d’une précocité chez un enfant est devenue une décoration (surtout pour les parents), nous les formatons par des stimulants positifs et négatifs pour obtenir des individus "bien élevés", se comportant sagement. N’ayant pas eu le temps et l’amour (!) nécessaire pour passer d’un égoïsme naturel et sensé à un altruisme volontaire, constamment confrontés au reproche de ne pas être à la hauteur des exigences morales d’être bien sage, aimant les autres, les enfants mettent fort en doute d’être aimables eux-mêmes (y inclus les enfants que nous étions nous-mêmes).

Barbara Pravi, dans sa chanson Voilà ! s’exprime d’une façon lucide et sincère : « J'veux qu'on m'aime parce que moi je sais pas bien aimer mes contours. » Elle a besoin d’amour pour développer davantage son amour propre. Seulement quand nous sommes comblés d’amour nous-mêmes, nous devenons capables de le partager.

Si donc, au départ, nous avions pu avoir l’impression que c’est l’altruisme /l’amour désintéressé, qui est sage, nous devrions reconnaître qu’il ne peut l’être avant l’heure. Si quelqu’un qui a besoin d’amour (car il est en manque, car il n’a pas pu développer son amour propre) se force à soutenir l’autre au détriment de soi-même, cela cause tourment et souffrance. Il serait plus sage alors de reconnaître sensiblement le besoin de recevoir de l’amour et de l’exprimer sincèrement et de le demander humblement.



L’amour par la gratitude



Dans ce sens, la passion /l’amour passionnel, ne serait-ce juste le besoin profond d’être aimé, d’être reconnu, d’être apprécié ? Par quelqu’un que nous adorons /admirons !? Donc par quelqu’un qui nous estimons capable de nous aimer réellement, c’est à dire de prendre soin de nous, de veiller sur nous, de nous soutenir, de nous accompagner à un stade supérieur de notre développement ?

Il y a des relations d’amour que nous pouvons accepter comme déséquilibrées, comme par exemple celles entre parents et enfants. Une partie donne plus d’amour, l’autre en reçoit plus.

Or, dans une relation amoureuse entre adultes, on aspire généralement à un équilibre, un certaine "justice". Si, en réalité, nous rencontrons quand même des rôles d’archétype maternel ou paternel dans des relations de couple, nous voudrions qu’il y ait une certaine réciprocité, du "donnant-donnant".

Malgré cela, nous pouvons parfois entendre l’idée « Il y en a toujours un qui aime plus que l’autre. », apparemment récemment exprimée par Catherine Deneuve, qui l’aurait précédée d’un « Aimer, c’est souffrir. »

Comment pourrait-on "mesurer" l’amour pour s’assurer qu’il y ait l’équilibre juste ? Et même si on le pouvait, ne serait-ce pas inévitable qu’il y ait toujours un (léger) déséquilibre, tout comme deux personnes ne peuvent avoir exactement la même taille, le même poids, la même force, les mêmes capacités intellectuelles etc. ?

Il serait sage alors, de ne pas se soucier de l’équilibre parfait et d’accepter éventuellement d’être la partie qui donne plus, si l’on en est capable. Nous pouvons d’ailleurs remarquer que la simple expression de reconnaissance et de gratitude (du côté "recevant") est une expression très importante d’amour. Cependant, pour en être capable, il faut d’abord être reconnaissant, dans le sens propre du terme : cerner, comprendre, reconnaître, conscientiser que nous sommes aimés. Non pas adorés ou vénérés mais aimés, malgré nos imperfections. Et cela exige, entre autre, une certaine lucidité, une certaine humilité et donc un certaine sagesse.



Apprendre à nager



Pour conclure, nous pouvons revoir les arguments pourquoi l’amour serait sage : Nous vivons dans un monde où la souffrance est omniprésente et nous cherchons chacun et chacune constamment le bonheur. Visiblement, il est bénéfique, par moment, d’être soutenu par quelqu’un, mais quelqu’un qui en est capable : Quand une personne est en train de se noyer, elle s’accroche à toute autre personne s’approchant d’elle, même si cette autre personne est en train de se noyer elle aussi. Tous les deux aurons l’impression d’avoir trouver leur sauveur et ils se tirons réciproquement passionnément vers le fond.

L’amour serait alors au contraire d’avoir appris à nager (par quelqu’un qui nous aimait) et de l’enseigner sereinement à quelqu’un en détresse. Celui-ci, par la suite, n’aurait plus besoin de s’accrocher à nous mais serait 1) autonome et 2) capable de transmettre la compétence de nager à son tour.



Et l’amour fidèle ?



Quand nous avons appris de l’autre comment bien nager, la passion pour lui /elle peut s’effacer. Nous sommes autonomes. Nous avons l’impression d’avoir appris tout ce que l’autre peut nous offrir et d’avoir fait le tour. Ce qui reste en l’autre, aurions-nous l’impression que cela nous tire vers la bas ? Que cela nous freine ? Que l’autre a encore besoin d’apprendre mais ne sait pas être reconnaissant pour ce que nous avons à lui à offrir ? Et peut-être que quelqu’un d’autre serait plus apte à l’accompagner sur le tronçon de chemin suivant ? Et nous aussi, nous avons envie d’enseigner à quelqu’un d’autre à nager, tout ce que nous avons appris. Nous voudrions que quelqu’un nous estimes pour ce que nous avons à lui offrir.

Si, à un moment donné, nous pouvons croire que nous avons tout échangé, il faut cependant avoir conscience, qu’il y a encore une grande partie en nous-mêmes et en l’autre que nous avons pas encore découverte, que l’autre lui-même n’a pas encore découverte. Pour s’élever davantage, un travail persistant sur soi est nécessaire. Un échange avec l’autre pour un retour bienveillant est bénéfique.

L’amour amical


Exempt de passion, l’amour amical est la réalisation de l’amour sage.


1Dans le langage quotidien, nous utilisons souvent cette méthode d’affirmation de faits (relativement) évidents pour exprimer un appel implicite, comme par exemple : « Il fait froid. » (donc : « Ferme la porte ! »), « C’est le bazar. » (donc : « Range ! »), « J’ai cuisiné. » (donc : « C’est à toi de faire la vaisselle. »)

2Voir le concept de "l’amour paternel", qui aspire à une ascension de l’aimé (vs. "l’amour maternel", qui est un amour inconditionnel) chez Erich Fromm, L’art d’aimer.

Samstag, 11. Juni 2022

Der perfekte Mann

 Sie macht sich schön. Es ist ihre Nacht. Sie weiß: Sie ist bezaubernd. Sie weiß, sie hat Macht. Sie ist göttlich.

Sie tanzt, zeigt sich. Lässt hoffen. Spielt.

Sie spielen mit, zeigen auch, was sie können. Auch sie haben Macht.

Sie entscheidet sich für den Stärksten. Den Besten. Den Dominierenden. Er steht über den anderen, weiß um seine Stärke.

Er bringt sie zu ihr, galant, mit Stil. Er hat alles, verwöhnt sie, trägt sie auf Händen.

Sie zeigt ihm ihr Zimmer. Er ist charmant. Er weiß, was sie will. Er weiß, was sie braucht. Er ist geduldig, aber stark, kraftvoll, unaufhaltsam.

Er hat ihren Eingang gefunden. Sie war lange bereit, ihn zu empfangen. Sie hat auf ihn gewartet, sie ist neugierig, aufgeregt. Sie öffnet sich, sie macht sich weich, sie zerfließt.

Er geht weit. Er geht hart. Er ist mächtig, riesig, ein Monster.

Sie stöhnt, sie wimmert, sie schreit. Sie gibt sich auf, um nicht zu zerreißen.

Sie nimmt ihn auf, umschlingt ihn, zieht ihn hinein, saugt ihn aus, lässt sich füllen.

Es nimmt ihr den Atem. Den Verstand. Sie explodiert.

Er geht.

Sie schläft. Keine Bewegung. Ein Teil von ihm bleibt bei ihr, auf ihr, in ihr. Sein Geruch, sein Geschmack, seine Berührungen, seine Stimme - greifbare Erinnerungen. Sie spürt ihn noch.

Aufregung, Abenteuer, Entdeckung. Was für eine Welt! Ist es schon vorbei? Es soll nicht aufhören. Soll weitergehen. Weiter! Tiefer! Mächtiger! Leidenschaft!

Ihr Mann lässt sie ausschlafen. Es war ihre Nacht. Er geht mit den Kindern im Park spielen. Nach einer Dusche genießt sie das frische Croissant und den Kaffee, den er ihr gemacht hat. Eine Blume auf dem Tisch. Ein Zettel: "Ich liebe Dich, Königin. Dein König."

Sie ist ihm dankbar. Sie bebt noch immer bei den Gedanken an die Nacht. Sie schwebt. Ihr Körper ist wie aufgelöst. Sie will es wieder. Immer und immer wieder.

Als er mit den Kindern zurückkommt, küsst er sie zärtlich und nimmt sie in den Arm. "Es war bestimmt anstrengend, Schatz! Darf ich Dich massieren und eincremen, bevor Du Dich wieder hinlegst?"

Sie schmiegt sich an seine Brust und schließt die Augen.

Er ist da. Für sie. Immer. Er liebt sie.

Sie weiß es. Und das gibt ihr Ruhe und Frieden. Und den Mut und die Stärke für neue Abenteuer. Weiter. Härter. Schrecklich. Leidenschaft.



Montag, 31. Januar 2022

Interview zoom

 https://www.youtube.com/watch?v=5JkkikwvSso

Mittwoch, 17. November 2021

Homöopathie und Bullshiting

 Stellt Euch mal vor: Neulich habe ich hier mit einem frisch gebackenen Apotheker aus unserer Kanupolo-Mannschaft über Homöopathie diskutiert. Ein echt lieber Kerl, wenn auch noch ein bisschen jung und auch ziemlich klassisch ausgerichtet, was Behandlungsmethoden betrifft.

Als ich sagte, dass wir in der Familie (und auch einige unserer Freunde) Antibiotika und Schmerzmittel wie Aspirin oder Paracetamol nur im Ernstfall benutzen wollen und ansonsten Erkältungssymptomen, wenn es möglich ist. lieber mit (Bett-) Ruhe, Wärme, Fürsorge, Vitaminen und eventuell auch Homöopathie begegnen, hat er das Argument angeführt, dass im klassischen wissenschaftlichen Diskurs Homöopathie in keiner Weise anerkannt ist und die (angebliche) Wirkungsweise selbst mit modernsten technischen Instrumenten und Methoden nicht nachgewiesen werden kann. Spontan wollte ich ihm „Krankheit als Weg“ empfehlen, wo die (spirituelle) Wirkungsweise der Homöopathie recht gut erklärt ist, ebenso wie der Unterschied zur Allopathie, aber auf französisch ist dieses Buch leider recht schnell vergriffen und darum auch gebraucht noch ziemlich teuer.

Er räumte ein, dass der Placebo-Effekt der „etikettierten Zuckerperlen“, wie er die Homöopathie-Globuli nannte zwar interessant wäre, weil dieser tatsächlich wissenschaftlich als hilfreich eingeschätzt wird (Selbstheilungsprozesse anzuregen), aber das Risiko, dass sich eine nicht auskurierte Erkältung zu einer akuten und tödlichen Lungenentzündung entwickelt, schätzt er als studierter Mann vom Fach zu hoch ein. Schon zu oft habe er in der pharmazeutischen und medizinischen Fachliteratur von Fällen gelesen, wo nicht nur die Eltern wegen solch einer Nachlässigkeit an Lungen- oder Herzkranzgefäßentzündung gestorben sind, sondern leider auch Kinder. Er fände es darum hochgradig unverantwortlich, nicht alle von der modernen Wissenschaft und Technologie zur Verfügung gestellten Mittel zu nutzen, um jeglichen Risiko eines schweren Krankheitsverlaufs vorzubeugen.

Ich wusste dann nicht mehr so genau, was ich sagen sollte (ihr kennt mich ja ;-) ) und hab erstmal nur gesagt, dass einer meiner Homöopathie-nutzenden Freunde immer die richtige Abwägung zwischen der Sicherheit und den anderen, die Lebensqualität beeinflussenden Faktoren findet. Wenn der jetzt hier wäre, dann würde er schon die richtigen Worte finden, um die Doppelmoral seiner Argumentation (die des Apothekers!) zu durchleuchten. Denn, stellt Euch mal vor (leider ist es mir aber erst später aufgefallen): Mein Kanupolo-Apotheker-Freund ist noch letzten Sommer mit seinen Kinder und seinem Wohnmobil über Nacht nach Italien gefahren und hat sie dabei hinten unangeschnallt schlafen lassen. Ich frage mich, mit welchen Argumenten er seine potentiell fahrlässige Handlung im Falle eines tödlichen Unfalls vor Gericht gerechtfertigt hätte. Vor allem weil uns ja in diesem Fall sogar der Vorsorge- und Fürsorgestaat die komplizierte Entscheidungsfindung zwischen Komfort und Risiko schon abgenommen hat und er sich trotzdem ermaßt hat, sich diesem (durch selbstständiges (überhebliches!?) Denken) zu widersetzen.

Sonntag, 7. Februar 2021

Lettre d'un enseignant allemand vivant en France concernant l'article 21 (liberté d'instruction)

 

Chères députées, chers députés,

Je m’appelle Michael Broermann-Beckert. Je suis allemand, je suis enseignant passionné à Angers et je suis le père de trois enfants actuellement scolarisé à l’école publique. J’aimerais vous expliquer pourquoi je défends de toute mon âme la liberté de choisir le mode d’instruction pour nos enfants.

J’ai grandi dans la République Démocratique Allemande, un pays qui était loin d’être aussi démocratique que son nom le revendiquait. J’avais 10 ans quand le mur de Berlin et le rideau de fer sont tombés pour nous en 1989. J’étais jeune, certes, mais je me souviens très bien du travail politique que l’état mettait en œuvre dans les écoles : un discours propageant le socialisme et l’idéologie soviétique dès le Kindergarten, communiqué par tous les média de l’époque et imposé par des structures de partis et d’organisations ressemblant beaucoup à ceux du 3e Reich. Moi-même par exemple, j’étais « président du conseil de classe des pionniers socialistes » à l’âge de 7 ans, puis « rédacteur du journal mural » ou encore « agitateur » plus tard.

Peut-être que cela vous paraît déplacé de parler de l’école de ces anciennes dictatures allemandes dans le contexte de voter sur l’article 21 de la loi visant à « renforcer les valeurs républicaines ». Et pourtant, dans le discours en faveur de cet article, on fait aussi référence à l’Allemagne, ce pays qui sert souvent d’exemple quand cela arrange, surtout en matières de pédagogie et d’éducation. A cette Allemagne où l’école est obligatoire. Cette Allemagne où l’institution de l’état a enlevé de force la mission de l’instruction (et inévitablement une partie de l’éducation) des parents, de la famille.

Je ne sais pas si vous en aviez conscience au départ mais dans le doute, je préfère vous le redire : La législation actuelle concernant l’obligation scolaire en Allemagne date de 1938 et a été mise en place par le parti national-socialiste d’Adolf Hitler pour des raisons que nous pouvons facilement concevoir : se porter garant que tous les allemands seraient mis dans le bon chemin dès le plus jeune âge.

Personnellement, j’ai honte de cette tache national-socialiste qui persiste dans notre culture politique allemande et qui est amplement contestée par mes compatriotes pédagogues, psychologues, philosophes et neuroscientifiques. Alors qu’en Allemagne, on cherche et on trouve des solutions pour enfin rendre la liberté d’apprendre à l’enfant à sa façon, on s’acharne en France de revenir 80 ans en arrière.

L’Éducation Nationale va mal. Je le sais car j’en faisais partie. Tous ceux qui en font partie le savent. J’ai passé le CAPES d’anglais en France et j’ai fait mon Master d’enseignement à l’École Supérieure du Professorat et de l’Éducation à Angers à l’âge de 35 ans. Je dois avouer que je n’attendais pas beaucoup de ces 2 années de formation française, ayant étudié passionnément et longuement la pédagogie, la psychologie, la sociologie et la didactique en Allemagne, aussi bien en théorie qu’en pratique. Mais je suis content de pouvoir vous dire que j’étais vraiment positivement surpris par l’esprit qui règne dans les centres de formation de professeurs en France et par le travail qui est fait par les formateurs et les formatrices. Ils sont à la pointe des recherches pédagogiques et neuro-scientifiques et savent donc très bien comment on devrait réformer l’école pour l’améliorer. Et la plupart des professeurs dans les écoles le savent également.

Des réformes avec de bonnes intentions sont mises en marche, c’est louable. Mais, malgré toutes les bonnes intentions, on ne fera pas de merveilles avec 30 élèves entre quatre murs. Arrêtez de vous faire des illusions ! Il y a des professeurs qui sont des héros. Mais il ne sont pas des magiciens.

Mais malgré tout : Merci à la République et à l’institution de l’Éducation Nationale de nous offrir ce service d’instruire nos enfants gratuitement. Cela devrait être un privilège de pouvoir en profiter. En revanche, en le rendant obligatoire, le privilège perd sa qualité constitutionnelle et devient une contrainte.

Imaginez-vous que l’on vous offre votre plat préféré, gratuitement, servi avec amour et bienveillance. Quelle gratitude ! Mais alors, imaginez-vous maintenant que l’on vous impose de manger ce même plat, tous les jours, toute l’année, sans tenir compte de vos goûts et vos humeurs qui changent. Tôt ou tard, ce plat tant aimé auparavant finirait par vous dégoûter. Quel dommage pour ce plat si délicieux que représente l’instruction et dont l’enfant se délecte tant naturellement s’il est libre de s’y donner quand il le souhaite. En plus, tout le monde qui a été scolarisé soi-même, va l’avouer sans hésiter : Le plat que propose l’école publique ressemble plus à celui de sa cantine qu’à celui de grand-mère ou du restaurant étoilé. A défaut de réussir de l’améliorer suffisamment pour attirer plus de gourmands, on voudrait rendre obligatoire sa consommation pour ensuite pouvoir se venter de son succès...

Comme déjà évoqué : Nos enfants (8, 10 et 12 ans), leur mère et moi-même ont choisi à la rentrée 2020 qu’ils aillent à l’école cette année pour vivre l’expérience. Après 3 ans d’absence (apprentissage libre à la maison et dans le monde entier), ils en étaient enthousiastes et malgré des déceptions, ils sont capables d’assumer leur choix et d’apprécier les avantages que l’école peut leur offrir. Ce libre choix n’aurait malheureusement pas été possible si l’école avait déjà été obligatoire et donc, l’expérience actuellement vécue serait encore beaucoup moins gaie et légère.

Un dernier exemple : Quand notre aîné avait 3 ans, il était pour moi (en tant que pédagogue allemand convaincu et libertaire que j’étais) hors question que je lui impose ce cadre stricte, ambitieux et contraignant que représente pour moi une école maternelle française. Nous avons eu alors « la chance » d’avoir trouvé une école hors contrat de type Montessori qui venait d’ouvrir à l’époque. Nous étions ravis et enthousiastes. Mais alors, il se trouvait que l’expérience s’est très mal passée au niveau interpersonnel, au point que la direction de l’école nous a annoncé lors des premières vacances de l’année qu’ils ne seraient pas en capacité de continuer le travail avec notre enfant et qu’ils voudraient arrêter le contrat. En état de choque et de désespoir, nous ne voyions pas d’autres possibilités que de le scolariser dans l’école publique du quartier et je suis content de pouvoir vous assurer que nous étions extrêmement reconnaissants pour l’accueil et le cadre que nous ont offert la directrice et la professeure à ce moment là. Cette expérience m’a permis de prendre du recul par rapport à cette institution de l’Éducation Nationale et toutes les personnes qui y œuvrent quotidiennement dans l’objectif d’offrir le meilleur à nos enfants. Ils méritent notre respect et notre hommage.

Sans la liberté de prendre une autre route à ce moment-là, je n’aurais pas pu me rendre compte des inconvénients d’un choix alternatif et je n’aurais donc pas été en capacité d’apprécier les avantages et les mérites du système publique. On aurait fait de moi un opposant encore plus buté et qui sait à quoi m’aurait conduit la frustration de la contrainte intransigeante. Éventuellement à quitter ce beau pays tant aimé, je crois.

Soyez-en fiers de la France, avec ses valeurs républicaines Liberté – Égalité (et non pas « uniformité » !)– Fraternité (incluant nos chères sœurs !) ! Soyez-en fiers, de l’Éducation Nationale (malgré ses maintes défauts) ! Et soyez fiers de nos professeurs ! Ne les dégradez pas en nous les imposants. Ils valent plus que cela.

Donnerstag, 28. Januar 2021

Du lien humain

 L'écrit, c'est du langage dépourvu de sa musicalité.

L'oral, c'est du langage dépourvu de sa corporalité.

Seulement avec tous nos sens, la communication peut être complet.